III. Partie pratique
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A. Présentation générale J'ai mené l'expérimentation à l'école Cuvier de Toulouse. Cette école fait partie d'un réseau d'aide couvrant quatre groupes scolaires. Les membres du réseau sont au nombre de quatre : une psychologue, une rééducatrice et deux institutrices à mi temps sur un poste E. Faisant fonction de maître E, je complète le mi-temps de ma collègue titulaire. Nous travaillons chacune sur deux groupes scolaires et nous nous retrouvons chaque semaine avec la rééducatrice et la psychologue pour une réunion de synthèse réseau. J'ai effectué ma recherche avec un groupe d'adaptation de huit
élèves de CP. : Stéphanie, Helmi, Radouane, Andrès, Alexandra, Armand,
Loïc et Carène. Dans un premier temps, j'ai constitué deux groupes que
j'ai ensuite fusionnés pour que les échanges entre les élèves soient
plus nombreux. J'ai choisi ce groupe d'élèves car ils ont été les
premiers à être signalés par les enseignants pour des difficulté de
lecture. De plus, seule cette école propose une classe destinée
uniquement à l'adaptation et où le matériel et les expériences en
cours étaient en sécurité. Les séances ont débuté au mois d'octobre à raison de trois quarts d'heures à une heure deux fois par semaine.
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Description des enfants
lors de leur signalement en réunion de synthèse et présentation
des résultats obtenus au test EACE-T le
5 octobre 1999. |
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Alexandra 6ans 2 mois |
En classe, Alexandra n'est pas attentive. L'écrit est très désordonné. Elle a des difficultés d'organisation. Le test révèle une adaptation normale. Lors du test, elle écrit avant qu'on ne lui explique la consigne, elle demande sans cesse à être rassurée (je me suis trompée, je ne sais pas...) |
Andrès 5 ans 11 mois |
D'origine colombienne, Andrès confond le S-JE-CH à l'oral. La maîtresse se demande s'il comprend les consignes. Le test révèle une adaptation facile. Durant l'épreuve, Andrès lève souvent le bras pour demander la parole. Il est rapide pour effectuer le travail. Il finit avant ses camarades. |
Armand 7 ans |
Armand a bien démarré son CP mais la maîtresse est inquiète car il redouble et les inversions persistent. Il a également des difficultés en compréhension des consignes. Le test révèle un niveau supérieur. Lors du test, il est très appliqué mais s'endort et perd le fil. |
Carène 6 ans 8 mois |
Carène ne comprend pas qu'il faut travailler. Le test révèle une adaptation facile. Durant l'épreuve, elle commence le travail avant que la consigne ne soit donnée et elle se trompe. Ensuite, elle est la dernière à finir. |
Helmi 5 ans 9 mois |
Helmi a de grosses difficultés en graphisme et a beaucoup de mal à se mettre au travail. En lecture, il a du mal à mémoriser.Le test révèle une adaptation difficile et un soutien fort nécessaire. Lors du test, Helmi est sage, il rêve, il a des problèmes de compréhension des consignes. Il se lève pour regarder sur son voisin. |
Loïc 6 ans 3 mois |
Loïc fait beaucoup d'inversions, il oublie des lettres et ne comprend pas les graphies. Le test révèle une adaptation à la limite entre normale et difficile. Lors du test, il s'aperçoit qu'il se trompe et il le dit. |
Radouane 5 ans 11 mois |
Radouane a une attention fragile. Sa mémoire fait défaut. Il fait beaucoup d'erreurs dans l'analyse auditive. Le test révèle une adaptation facile mais Radouane n'a pas encore six ans. Lors du test, il perd ses repères, il demande de l'aide et il est lent. |
Stéphanie 5 ans 11 mois |
Stéphanie arrive du Congo. Elle parle le français. Elle est timide et ne s'exprime pas beaucoup. Elle fait n'importe quoi sauf si on lui ré explique. Le test révèle une adaptation à la limite entre normale et difficile. Pendant le test, elle est calme et posée. |
Au vu de ces résultats, on s'aperçoit que la plupart des enfants sont très jeunes, de début d'année ou bien redoublants et encore fragiles ou encore d'origine étrangère. Trois d'entre eux ont particulièrement besoin d'un soutien au vu des résultats du test, les autres bien que le test se révèle positif, n'ont pas encore intégré tout ce que le travail scolaire implique (attention, écoute, organisation). |
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B. Démarche générale de l'expérimentation 1. Les expériences proposées : Les élèves ont été confrontés à trois expériences
différentes mais ayant toujours le même thème : l'eau. 2. Déroulement des expériences :
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C. Analyse des données : Je vais tenter de regrouper les données selon les différents types de compétences transversales que je me propose de faire acquérir aux élèves. Réflexion, Recherche : Émettre des suppositions, Faire
des choix et les expliquer, Contrôler ses réponses par rapport au projet
et aux données initiales. 1. Réflexion, Recherche a. Émettre des suppositions, faire des choix et les expliquer : quelques séances significatives.
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Je
note, pour cette première séance, que les élèves se sont servis de
représentations "magiques", ils n'appréhendent pas le réel.
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Les explications proposées par les élèves sont de
trois ordres :
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La
situation reste floue, les élèves ne se démarquent pas les uns des
autres. Ils ont presque tous la même opinion. S'ils n'en ont pas, ils se
contentent de celle de leur camarade.
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Pour que l'eau descende plus vite : on distingue
deux réponses : on utilise le radiateur de la classe ou bien le soleil.
Tous font référence à la chaleur.
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Dans
ces deux expériences, je m'aperçois que les élèves ont laissé de
côté l'aspect humain qu'ils attribuaient à l'eau et au sucre. Ils
s'attachent aux variables (le chaud, le froid, fermé, ouvert, l'ombre, le
soleil). De plus, ils commencent à se distinguer les uns des autres, chacun essaie d'émettre un avis différent et de proposer sa propre expérience. D'autres n'émettent pas d'hypothèse. Ils se rangent du côté de l'un ou l'autre de leurs camarades.
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b. Contrôler ses réponses par rapport au projet et aux données initiales : Au départ, les élèves prennent cette activité comme une compétition. Si ce qu'ils avaient prévu a réellement eu lieu, ils sont très heureux et clament "j'ai gagné!". Ils ne gagnent pas souvent et ils doivent écrire dans leur compte rendu que le résultat n'est pas celui qu'ils attendaient. Quelquefois, je vois de petits visages contrits et désappointés. Puis, ils jouent moins à"j'ai gagné", ils se donnent plutôt des conseils. L'enthousiasme pourrait mettre en péril les expériences : le verre est à transporter avec délicatesse pour ne pas être renversé par exemple.
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On
note une évolution lors des contrôles des réponses : certains
s'aperçoivent assez vite que le travail initial n'est pas sanctionné, au
contraire, on se sert de l'erreur pour trouver une autre solution.
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2. Méthodes de travail : appliquer les consignes de rigueur et de présentation d'un travail. a. La trace écrite : dessins et écriture
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Lorsque
l'enfant est à l'aise avec le schéma, il est plus disponible pour
écrire la légende ou le texte. L'enfant qui a mis du temps à
représenter l'expérience (gommages répétés, soucis de détails non
pertinents, trait mal assuré et déformation de la réalité) n'écrit
pas les mots demandés. Toute son énergie parait avoir été concentrée
dans la réalisation du dessin. Par contre, le dessin évolue au cours des
semaines, il devient plus clair, net, précis et rapide. Les premières
légendes et les copies demandées apparaissent.
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c. Traitement de l'information : restituer et réorganiser les informations réunies. A la rentrée des vacances de Noël, en janvier, avant que
certains élèves quittent le groupe d'adaptation, j'ai proposé aux
enseignantes de CP d'organiser une rencontre pour faire part aux groupes
classes des résultats obtenus lors de l'expérience sur la dissolution du
sucre.
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Je
remarque que les élèves n'ont rien oublié de toutes les séquences,
pourtant elles avaient commencé trois mois plus tôt. Seul le facteur
temps était des plus imprécis. J'ai donc introduit l'usage du
calendrier. A chaque nouvelle expérience ou observation nous symbolisons
l'expérience réalisée sur la case correspondante de la journée. L'exposé s'est bien passé. Ils ont manipulé et ont posé des questions à leurs camarades de classe. Ces derniers ont d'ailleurs réagi comme eux lors de notre première séance (représentations magiques, formule magique, utilisation d'une baguette magique)
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C. Évolution des élèves en classe selon les compétences transversales observées en groupe d'adaptation |
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Je noterai donc pour chacun, l'évolution dans :
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Alexandra | Au départ, elle a du mal à représenter le verre. Les légendes sont inexistantes. Le verre prend forme, l'écrit apparaît. Elle écrit beaucoup, les flèches sont bien placées. C'est elle qui propose de mettre un petit couvercle pour empêcher l'eau de s'évaporer. |
Andrès |
D'origine colombienne, Andrès confond le S-JE-CH à l'oral. La maîtresse se demande s'il comprend les consignes. Le test révèle une adaptation facile. Durant l'épreuve, Andrès lève souvent le bras pour demander la parole. Il est rapide pour effectuer le travail. Il finit avant ses camarades. |
Armand |
Il produit de beaux schémas dès le début. Par contre, il écrit peu. Ses dessins évoluent, il ajoute du volume et a le temps d'écrire les légendes et les textes à copier. C'est lui qui propose de mettre le verre à l'ombre pour que l'eau ne descende pas. |
Carène |
Carène ne comprend pas qu'il faut travailler. Le test révèle une adaptation facile. Durant l'épreuve, elle commence le travail avant que la consigne ne soit donnée et elle se trompe. Ensuite, elle est la dernière à finir. |
Helmi |
Helmi a de grosses difficultés en graphisme et a beaucoup de mal à se mettre au travail. En lecture, il a du mal à mémoriser. Le test révèle une adaptation difficile et un soutien fort nécessaire. Lors du test, Helmi est sage, il rêve, il a des problèmes de compréhension des consignes. Il se lève pour regarder sur son voisin. |
Loïc |
Loïc fait beaucoup d'inversions, il oublie des lettres et ne comprend pas les graphies. Le test révèle une adaptation à la limite entre normale et difficile. Lors du test, il s'aperçoit qu'il se trompe et il le dit. |
Radouane |
Il présente à lui seul toutes les évolutions qui vont du schéma vers l'écriture. Au départ, le verre n'est pas ressemblant, l'eau est un nuage au milieu du verre. Il ornemente la cuillère, ajoute un robinet. Il n'y a pas d'écrit. Le sucre dissout est représenté sous forme de plusieurs rectangles (six). Pour les hypothèses, il se range du côté de Stéphanie (le noir). Le dessin évolue. Quelques mots apparaissent. Début mars, les schémas sont corrects et bien annotés. Il a recopié un long paragraphe qu'il a écrit avec Armand. |
Stéphanie |
Stéphanie dès le début schématise bien les expériences. Elle a le temps d'écrire les légendes. Seules les flèches n'aboutissent pas au bon endroit. Elles s'arrêtent dans le vide, sans atteindre l'eau ou le verre... C'est elle qui propose de placer le verre dans un endroit noir (une boîte) pour que l'eau ne s'évapore plus. |
D'après ces observations, on peut voir que chaque enfant suit un cheminement à peu près identique. Il doit d'abord maîtriser le dessin puis le schéma pour s'investir dans l'écriture proprement dite. Il semblerait qu'à partir du moment où il a acquis ces compétences, il soit disponible mentalement pour émettre des hypothèses. C'est à partir de la première émission d'hypothèse faisant intervenir des variables et non basée sur des faits que je qualifierai de magiques, que l'enfant évolue véritablement au sein du groupe classe et peut se concentrer sur l'apprentissage de la lecture. C'était le cas de Stéphanie, d'Alexandra et de Loïc au mois de janvier. Bien qu'Armand ait réagi pareillement, nous avons préféré le garder en groupe d'adaptation jusqu'aux vacances de février pour l'accompagner dans son second CP (ce qui avait aussi pour effet de rassurer son institutrice). Radouane, Andrès et Helmi n'ont pas encore atteint le niveau de l'émission d'hypothèse. Dans le groupe classe :Andrès est en phase de régression et Radouane ne progresse pas. Par contre, Helmi qui nécessitait un soutien fort nécessaire en octobre commence à lire correctement. Il se lance également dans la production d'écrits. Carène lit et écrit très bien lorsqu'elle est isolée du groupe. De plus elle est très pertinente lorsqu'elle prend la parole. La présence de ses camarades la perturbe et dans ce cas là ses productions sont médiocres. J'en ai discuté lors d'une synthèse réseau et nous en avons conclu qu'une prise en charge par la ré éducatrice lui serait profitable. La prise en charge G a démarré au début du mois de mars. |
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